Un jeu qui a changé l’histoire
Another World (1991) est l’une des œuvres les plus importantes de l’histoire du jeu vidéo. Créé presque entièrement par Eric Chahi, développeur français chez Delphine Software, le jeu a proposé un langage visuel, narratif, et ludique radicalement nouveau. Son impact est comparable à celui de films comme 2001 ou Blade Runner dans leur medium respectif : une redéfinition des possibilités de l’art.
Sur Atari ST, Another World est disponible dans une version qui capture l’essence du titre malgré les contraintes de la machine. Chahi avait développé le jeu sur Amiga et il a été converti sur ST avec le soin nécessaire pour préserver l’expérience visuelle distinctive des polygones animés qui définissaient son esthétique.
Ce que montre la vidéo AtariGreenlog
La vidéo de la chaîne AtariGreenlog permet de voir Another World sur ST et d’apprécier la qualité de la conversion. Les polygones remplis qui composent les décors et les personnages sont fidèlement rendus sur ST — les formes géométriques qui donnent au jeu son apparence de film d’animation stylisé sont bien présentes.
Ce qui frappe dans la vidéo, c’est la cohérence artistique totale du jeu. Chaque plan, chaque séquence, chaque interaction raconte quelque chose. Il n’y a pas de décor générique, pas de moment creux — chaque pixel a été placé avec intention. Cette densité artistique est immédiatement perceptible même en vidéo.
La narration sans mots
Another World raconte l’histoire de Lester Knight Chaykin, physicien projeté dans un monde alien lors d’une expérience avec un accélérateur de particules, sans un mot de dialogue pendant l’essentiel du jeu. La narration passe entièrement par l’animation, les situations, et les interactions avec Buddy — l’alien prisonnier qui devient son compagnon.
Cette narration par l’image, influencée par le cinéma muet et la BD franco-belge, était révolutionnaire pour l’époque. Beaucoup de jeux contemporains utilisaient des murs de texte pour expliquer leur histoire ; Another World montrait qu’il était possible de créer une émotion narrative sans mot. Une leçon que l’industrie a mis des années à intégrer.
Le gameplay : mort et apprentissage
Another World est un jeu qui tue beaucoup. Chaque nouvelle situation est potentiellement fatale, et la seule façon de progresser est d’apprendre par l’échec. Cette structure d’essai-erreur est délibérée : le jeu simule l’expérience d’un personnage découvrant un monde inconnu, où chaque faux pas peut être fatal.
La frustration inhérente à ce design est compensée par la générosité des checkpoints et la brièveté des séquences à répéter. Another World ne punit pas ses morts par des longues séquences à recommencer — il ramène le joueur quelques pas en arrière et laisse tenter à nouveau. Cette philosophie de design respecte le temps du joueur tout en maintenant la tension dramatique.
Les séquences mémorables
Several moments in Another World have become iconic in gaming history. The tank sequence. The prison escape. The final corridor. Ces moments ont été pensés comme des plans de film — avec une dramaturgie, une mise en scène, et un dénouement émotionnel. La différence entre Another World et ses contemporains est que Chahi pensait en cinéaste autant qu’en game designer.
La séquence d’introduction seule — Lester à son bureau, l’expérience, la téléportation, la nage sous-marine, la première rencontre avec les créatures aliens — est un chef-d’œuvre de narration comprimée. En moins de cinq minutes, le jeu établit son univers, son ton, et son enjeu avec une économie narrative remarquable.
La comparaison ST / Amiga
La version Amiga d’Another World est légèrement supérieure en termes de couleurs et de musique — l’Amiga avait des capacités sonores et une palette légèrement plus riche. Mais la version ST est une conversion de très haute qualité qui préserve l’essentiel. Les polygones sont nets, les animations fluides, et la progression du jeu identique.
Pour les joueurs ST de l’époque, Another World n’était pas une expérience dégradée — c’était le même voyage, avec les mêmes émotions, dans une version légèrement différente dans ses habillages techniques. La qualité intrinsèque du game design transcendait les différences hardware.
L’héritage d’Another World
L’influence d’Another World sur les décennies suivantes est immense et documentée. Flashback de Paul Chamberlin suit directement la formule. Heart of Darkness d’Adeline Software prolonge l’héritage. Des jeux comme Limbo, Inside, et Playdead’s style tout entier doivent une dette à Eric Chahi. La narration cinématographique dans le jeu vidéo a une histoire longue, mais Another World en est un des points d’origine les plus nets.
Pourquoi y jouer aujourd’hui
Another World est disponible en version HD remasterisée sur toutes les plateformes modernes. Mais jouer à la version ST originale, c’est retrouver l’expérience dans son contexte d’époque — comprendre ce que les joueurs de 1991 ont ressenti en découvrant ce jeu sur leur machine familiale. La version ST est un document historique autant qu’un jeu.
Verdict
Another World sur Atari ST est un chef-d’œuvre du jeu vidéo mondial, accessible dans une conversion de qualité. Incontournable. Un des dix jeux à avoir sur ST si on n’en a que dix.
Eric Chahi et la French Touch
Another World est souvent cité comme exemple de la ‘French Touch’ dans le jeu vidéo — cette sensibilité particulière des développeurs français des années 80-90 qui valorisaient l’aspect artistique et cinématographique du jeu vidéo. Des titres comme Another World, Flashback, Alone in the Dark, et plus tard Rayman définissaient une école française du jeu vidéo reconnue internationalement.
Eric Chahi incarnait cette sensibilité à son sommet. Architecte et artiste autant que programmeur, il concevait ses jeux comme des œuvres totales où chaque élément devait contribuer à une expérience cohérente. Cette approche holistique était rare dans une industrie qui compartimentait souvent le design, la programmation, et l’art.
Delphine Software, l’éditeur d’Another World, était une maison de développement lyonnaise qui produisait des titres de qualité constante. Future Wars, Operation Stealth, Cruise for a Corpse — leur catalogue montrait une ambition narrative et artistique distincte. Another World en était la production la plus accomplie et la plus influente.
Another World : une expérience qui a vieilli avec grâce
Another World est un des rares jeux des années 90 dont le vieillissement est grâce plutôt que déclin. Les polygones qui composaient les décors et les personnages, qui paraissaient modernes en 1991, ont acquis avec le temps une esthétique rétro qui leur est propre — un style distinctif immédiatement reconnaissable qui différencie le jeu de la masse des productions de son époque.
La remasterisation HD publiée par Chahi lui-même en 2011 pour les 20 ans du jeu montre comment l’auteur voit son œuvre : les formes de base sont préservées, les textures sont enrichies, mais l’essence visuelle reste la même. Cette fidélité à l’esthétique originale tout en la modernisant techniquement est un acte de respect envers le public original qui aimait le jeu tel qu’il était.
Jouer à la version ST originale d’Another World en 2024, c’est choisir l’archive plutôt que la restauration. Les deux expériences sont valides : la version remasterisée pour qui découvre le jeu, la version originale pour qui veut comprendre ce que les joueurs de 1991 ont vécu. La version ST est un document historique irremplaçable.
Another World sur Atari ST est simplement un des jeux les plus importants que vous pouvez jouer sur la machine. Son importance historique, sa qualité artistique, et sa durée de jeu contenue en font l’expérience idéale pour comprendre ce que le jeu vidéo pouvait accomplir dans ses meilleurs moments. Une obligation absolue pour tout amateur de l’Atari ST.