Cabal. Rien que le nom, les habitués de l’arcade late-80s savent ce qui les attend. Développé par TAD Corporation et sorti en arcade en 1988, le jeu arrivait sur Atari ST en 1989, porté par Ocean Software. J’avais douze ans. La jaquette représentait un soldat qui courait sous les explosions — pas besoin d’en savoir plus, j’avais mis la disquette dans le drive immédiatement.

Ce que Cabal faisait, personne ne le faisait exactement pareil à l’époque. Pas un shoot à scrolling horizontal classique, pas un run-and-gun à la Commando non plus. Le jeu prenait une perspective depuis derrière votre personnage, en vue quasi-isométrique, et vous imposait de gérer simultanément deux choses : le déplacement de votre commando, et le déplacement d’un curseur de visée indépendant. Sur joystick Atari à un bouton, c’était un défi en soi.

Le gameplay : deux mains, un seul bouton

Le principe est simple à expliquer, brutal à maîtriser. Vous déplacez votre soldat latéralement pour esquiver les tirs ennemis. Simultanément, votre curseur de visée se déplace en diagonale selon la direction du joystick — mais pas au même rythme que le personnage. Il faut apprendre à dissocier mentalement les deux. Les premières parties ? Catastrophiques. La dixième ? Vous commencez à voir la logique.

Les ennemis arrivent en vagues, depuis des fenêtres, des tranchées, des hélicoptères. Vous devez tout détruire — les bâtiments, les véhicules, les soldats — pour valider chaque zone et passer à la suivante. Des power-ups tombent des ennemis abattus : grenades, bombes, armes automatiques. Le jeu récompense l’agressivité. Rester plaqué dans un coin, c’est mourir lentement.

Le port ST n’est pas parfait — les sprites bougent par à-coups comparés à la version arcade, et le framerate souffre quand l’écran est chargé. Mais le game feel est là. La résistance des ennemis, le poids des explosions, la satisfaction d’enchaîner un hélicoptère et deux jeeps en un seul balayage du curseur — tout ça, Ocean l’a préservé.

Cabal – Atari ST — chaîne AtariGreenlog

Les graphismes : gros sprites, couleurs franches

Visuellement, Cabal est généreux. Les sprites ennemis sont grands, reconnaissables. Les décors — plages, forêts, bases militaires — changent d’un niveau à l’autre et offrent une vraie variété. L’Atari ST s’en sort honorablement : les 16 couleurs simultanées de la résolution standard sont bien utilisées, avec des teintes chaudes, des contrastes forts.

Comparé à la version Amiga, le ST perd quelques détails et nuances. Mais franchement, en 1989, sur un moniteur SM124, ça claquait. Et ça claque encore aujourd’hui sous émulateur, avec cette esthétique propre et lisible qui caractérise les meilleurs jeux ST de cette période.

Difficulté et durée de vie

Cabal est difficile. Pas injustement — les patterns ennemis sont apprenables, les power-ups donnent des marges — mais le jeu ne vous fait aucun cadeau. Les derniers niveaux demandent une précision que le joystick à un bouton rend épuisante. J’ai terminé le jeu une fois, en sueur. Jamais réussi à le faire en une seule vie.

Le mode deux joueurs simultanés compense un peu : les enemis sont plus nombreux mais la pression est partagée, et les fous rires quand votre co-équipier se prend une grenade sur la tête valent toutes les Game Over du monde. Cabal est peut-être meilleur à deux, je ne trancherai pas.

Pourquoi y revenir aujourd’hui ?

Cabal représente un sous-genre qui a presque disparu — le run-and-gun à visée semi-autonome — et c’est déjà une curiosité historique. Mais au-delà de l’archivage, le jeu reste jouable et frustrant de la bonne façon. Sous Hatari ou sur AtariMania, il se lance en deux minutes.

Si vous aimez les shoot’em up arcade exigeants, ou que vous avez de l’affection pour le catalogue Ocean Software des années 80, Cabal mérite votre temps. Il méritait aussi un remake — personne ne l’a fait. C’est une occasion manquée. À lire pour compléter le tableau : Rolling Thunder sur Atari ST, un autre run-and-gun de la même époque qui manie les agents secrets plutôt que les commandos.

Conclusion

Ocean Software a fait du bon boulot. Cabal sur Atari ST n’est pas la version ultime du jeu — l’arcade reste supérieure — mais c’est un port solide, avec toute l’intensité du concept original. Je lui dois des heures de concentration intense, quelques manettes claquées, et une satisfaction proportionnelle à la difficulté quand le dernier niveau tombait enfin. C’est le meilleur résumé d’un bon jeu des années 80.

Fiche complète : MobyGames | AtariMania