ERE Informatique. Pour ceux qui ont grandi avec l’Atari ST en France, ce nom évoque immédiatement quelque chose. L’éditeur parisien avait un style reconnaissable : des jeux ambitieux, parfois inégaux, avec une vraie personnalité qui tranchait sur les productions anglosaxonnes. Explora — la trilogie — est peut-être le meilleur exemple de cette ligne éditoriale.

Explora 3, sorti en 1990, clôture la série. Le premier Explora (1987) nous avait mis aux commandes d’un vaisseau sur des planètes hostiles. Le deuxième avait élargi les possibilités. Le troisième voulait synthétiser tout ça et aller plus loin. Est-ce qu’il y est arrivé ? En partie, oui. Et c’est déjà beaucoup.

L’univers et le contexte

La série Explora se déroule dans un futur indéfini, dans lequel vous explorez des environnements hostiles avec des équipements limités. Le troisième volet reprend cette base et y ajoute une complexité narrative plus développée que ses prédécesseurs. Pas un scénario digne d’un roman de science-fiction — mais une ambiance, des objectifs clairs, et une cohérence interne qui donnent envie d’aller jusqu’au bout.

Ce qui m’a frappé à l’époque, c’est la façon dont ERE Informatique construisait des mondes crédibles avec les moyens du bord. Pas de grandes cutscenes, pas de voix digitalisées — juste des graphismes soignés, une musique d’ambiance, et un level design qui suggérait plus qu’il ne montrait.

Le gameplay : action et orientation

Explora 3 mélange deux modes. Des séquences d’action — vous tirez, vous esquivez des ennemis, vous gérez votre énergie — et des moments plus posés où vous explorez l’environnement, récupérez des objets, cherchez des passages. Cette alternance donne du rythme et évite la monotonie.

La prise en main n’est pas immédiate. Le jeu demande qu’on comprenne ses mécaniques, qu’on tâtonne un peu. C’est une qualité et un défaut selon le joueur. Pour quelqu’un qui aime s’imprégner d’un jeu et en maîtriser les subtilités — parfait. Pour quelqu’un qui veut de l’action immédiate — moins adapté.

Le joystick Atari à un bouton impose des contraintes que le jeu gère correctement : les actions secondaires passent par des combinaisons direction+bouton. Ce n’est pas la solution la plus élégante, mais elle est cohérente et apprise rapidement.

Explora 3 – Atari ST — chaîne AtariGreenlog

Les graphismes : la patte ERE

Visuellement, Explora 3 est une réussite pour 1990 sur Atari ST. ERE Informatique avait une direction artistique reconnaissable — des environnements aux teintes froides et minérales, des sprites anguleux qui donnaient une sensation d’altérité, une utilisation sobre mais efficace de la palette de la machine.

Les décors planétaires ont ce quelque chose d’inhospitalier qui colle parfaitement à l’univers. On ne se sent pas en terrain connu. C’est voulu, et ça fonctionne. Les animations sont limitées — ERE privilégiait toujours la clarté à la fluidité — mais le résultat reste lisible et cohérent.

Ce que le jeu ne réussit pas

Honnêtement ? La difficulté est parfois mal calibrée. Certaines séquences d’action deviennent très exigeantes brusquement, sans véritable montée en puissance. J’ai recommencé plusieurs fois certains passages en maugréant. Le jeu ne donne pas toujours les outils pour comprendre ce qu’on rate.

Et puis il y a la durée de vie : Explora 3 se finit plus vite qu’on ne l’espère. Pour un jeu qui pose un monde avec autant de soin, on aurait aimé y passer plus de temps.

Sa place dans le rétrogaming ST

Explora 3 représente ce que le développement français sur 16 bits avait de plus singulier : une ambition artistique et narrative, même dans des formats courts. Il vieillit différemment des productions anglosaxonnes — moins arcade, plus contemplatif. Pour qui veut explorer le catalogue ST au-delà des hits habituels, c’est un passage important. À rapprocher de Baal sur Atari ST, autre jeu d’action à l’atmosphère soignée.

Conclusion

Explora 3 n’est pas le meilleur jeu sorti sur Atari ST en 1990 — mais il est parmi les plus personnels. ERE Informatique y a mis une vraie vision, avec les moyens qui étaient les leurs. La trilogie mérite qu’on s’y intéresse, et ce troisième volet, malgré ses défauts, en est l’aboutissement logique. Un jeu de collection pour qui s’intéresse au patrimoine du développement français sur 16 bits.

Fiche complète : MobyGames | AtariMania