Quand Millennium Software a sorti Kid Gloves 2 en 1992, le premier volet avait déjà établi une réputation correcte sur Amiga et ST : une sorte de platformer-beat’em all enfantin, coloré, avec un personnage en gants de boxe qui traversait des niveaux absurdes en frappant tout ce qui bougeait. La suite devait faire mieux. Elle y arrive partiellement.

Millennium était un éditeur britannique dont le catalogue mêlait titres de qualité variable et productions rapides pour alimenter le marché. Kid Gloves 2 appartient à la catégorie intermédiaire : assez bon pour ne pas être ignominieux, pas assez ambitieux pour marquer les esprits. Sur Atari ST, la version tourne correctement, avec des couleurs vives et un personnage principal attachant dans sa façon de botter les ennemis.

Kid Gloves 2 – Atari ST — chaîne AtariGreenlog

Structure des niveaux et progression

Kid Gloves 2 propose une progression linéaire à travers des mondes thématiques : forêt, caverne, château, et quelques environnements plus exotiques. Chaque monde se découpe en plusieurs niveaux courts qui se terminent par un boss. La durée de chaque niveau tourne autour de trois à cinq minutes, ce qui donne un rythme vif sans jamais lasser. On n’est pas ici dans la philosophie Turrican où les niveaux durent vingt minutes ; c’est plus proche du platformer arcade accessible.

Les boss sont la véritable attraction du jeu. Chacun possède un pattern à identifier et à contrer. Le boss de la forêt attaque en ligne droite et se retourne lentement ; celui du château projette des boules de feu en arc de cercle. Ces combats sont courts mais satisfaisants, et ils constituent le moment où le jeu sort enfin de sa zone de confort habituelle.

Ce que montre la vidéo AtariGreenlog

La vidéo permet de voir Kid Gloves 2 en mouvement, et le premier constat est que le jeu est lisible. Les sprites sont bien contrastés par rapport aux décors, les animations de frappe sont nettes, et on comprend immédiatement ce qu’il faut faire. Ce n’est pas toujours le cas dans les platformers de l’époque, où la surcharge visuelle pouvait rendre certains jeux illisibles.

On remarque aussi les collectibles disséminés dans les niveaux : fruits, pièces, bonus cachés dans les blocs. Kid Gloves 2 emprunte clairement à la grammaire de Super Mario (blocs à frapper, collectibles, vies supplémentaires) sans pour autant en atteindre la précision ni la finesse. C’est de l’inspiration honnête plutôt que de la copie servile.

Mécaniques de combat

Le personnage se bat essentiellement avec ses poings. Une pression sur le bouton déclenche un coup droit, maintenu il charge pour un uppercut plus puissant. Il peut également sauter et frapper en l’air, ce qui permet de gérer les ennemis volants. Simple, efficace, sans profondeur particulière. Les ennemis ne bloquent jamais, n’esquivent pas, et la seule vraie difficulté vient de leur nombre et de leur placement.

Quelques items viennent enrichir l’arsenal : un projectile temporaire, une invincibilité courte, un bonus de vitesse. Ces power-ups ne changent pas fondamentalement le jeu mais apportent un peu de variété dans la façon d’aborder certains passages. Les amateurs de jeux d’action de l’époque se sentiront à l’aise immédiatement.

Graphismes et univers visuel

Kid Gloves 2 est coloré et joyeux. Les décors sont dessinés avec soin : les arbres de la forêt sont détaillés, les pierres du château ont une texture cohérente, et les ennemis sont variés visuellement même si leur comportement reste basique. Sur Atari ST, les couleurs sont légèrement moins saturées que sur Amiga mais l’ensemble reste agréable.

Les animations sont correctes sans être spectaculaires. Le personnage a une douzaine d’animations distinctes (marche, saut, chute, frappe basse, frappe haute, touché), ce qui suffit à lui donner de la personnalité. On a vu bien pire dans les platformers contemporains, et bien mieux aussi. Millennium se situe dans une zone médiane confortable.

Comparaison avec le premier épisode et la concurrence

Kid Gloves 2 est une amélioration mesurée sur le premier volet. Les niveaux sont plus variés, les boss plus intéressants, et la maniabilité légèrement affinée. Mais il ne comble pas les lacunes profondes du premier épisode : pas de vraie profondeur de gameplay, une difficulté inégale, une IA d’ennemi rudimentaire. La suite améliore l’emballage sans repenser le contenu.

Face à la concurrence ST de 1992, Kid Gloves 2 souffre de la comparaison avec les grandes productions du genre. Zool avait montré peu avant ce qu’un platformer ST pouvait faire en termes de vitesse et de variété ; Rick Dangerous avait instauré un style plus cérébral basé sur la mémorisation. Kid Gloves 2 ne rivalise pas avec ces références mais occupe correctement le créneau du jeu familial accessible.

La question de la difficulté

Le jeu est facile dans ses premiers niveaux au point d’en être ennuyeux. Les ennemis mettent peu de dégâts, les vies sont généreuses, et on progresse sans vraiment mourir. La difficulté monte dans la seconde moitié mais de façon abrupte, passant de trop facile à franchement frustrant sans courbe intermédiaire bien calibrée. Cette instabilité dans le design est caractéristique des productions moyennes de l’époque.

Les enfants de 1992 y ont probablement trouvé leur compte : un jeu coloré, accessible, avec des boss amusants, sans demander une compétence technique excessive. Ce public cible était clairement identifié et le jeu lui correspond bien. En y rejouant aujourd’hui, c’est peut-être la seule façon de l’apprécier pleinement.

Verdict

Kid Gloves 2 est un platformer honnête qui accomplit sa mission sans éclat. Il divertit, il propose une progression courte et accessible, et ses boss restent son meilleur argument. Ce n’est pas une référence du genre sur ST, et y revenir aujourd’hui demande une tolérance pour le design des années 90 et ses limitations. Pour les nostalgiques de Millennium et des platformers colorés d’époque, c’est une visite sympathique sans prétention.