Il est des jeux qui ne cherchent pas à révolutionner quoi que ce soit. Tennis Cup, sorti en 1990 par Loriciel, appartient à cette catégorie rassurante : un jeu de tennis sérieux, honnête, qui fait ce qu’on lui demande sans fioritures inutiles. Sur Atari ST, il a représenté pendant un temps la référence du genre avant que les années ne se chargent de le relativiser.

Loriciel était alors un éditeur français qui montait. La société basée en région parisienne alignait les productions Atari ST avec une régularité de métronome, et Tennis Cup faisait partie de ses titres les plus soignés. Pour ceux qui vivaient devant leur ST en 1990, voir un jeu de tennis avec cette qualité graphique et cette fluidité relevait presque du miracle.

Tennis Cup – Atari ST — chaîne AtariGreenlog

Vue du court et sensation de jeu

La caméra en perspective isométrique vue de derrière le joueur est le choix classique de l’époque, et Tennis Cup l’exploite bien. On distingue clairement les lignes du court, la balle projette une ombre au sol qui aide à juger sa hauteur, et les animations des joueurs sont relativement fluides pour du ST. Le jeu tourne sans ralentissement notable, ce qui n’était pas acquis sur la machine de Atari.

La prise en main est rapide. On contrôle la direction du coup avec le joystick, et la puissance dépend du timing du bouton. Frapper au bon moment donne un coup plat croisé, tenir le bouton permet un lob, le tirer en retrait place un slice. Simple en apparence, mais il faut quelques heures avant de maîtriser l’anticipation. Les échanges courts font rarement plus de cinq ou six coups, et cela donne un rythme soutenu qui évite l’ennui.

Ce que montre la vidéo AtariGreenlog

La vidéo AtariGreenlog donne à voir Tennis Cup dans ses conditions naturelles : un match en simple sur surface dure, avec le défilement de foule en fond, les sons nets des frappes, et cette légère hésitation de l’IA sur les revers croisés que les habitués apprendront vite à exploiter. On y voit aussi ce que les captures d’écran cachent souvent : le jeu est fluide, vraiment fluide, et c’est peut-être sa qualité principale.

L’IA joue proprement mais reste prévisible. Elle monte souvent au filet après un coup profond, ce qui en fait une cible facile pour le lob. En difficulté élevée, les échanges s’allongent et les angles deviennent moins larges, mais aucun mode de jeu ne donne l’impression d’affronter un adversaire capable de surprendre vraiment. C’est le principal défaut du titre.

Modes de jeu et longévité

Tennis Cup propose un mode tournoi complet avec tableau de matches, un mode exhibition pour les parties rapides, et un mode entraînement pour apprendre les coups. Le tournoi offre une vraie progression : les adversaires se bonifient match après match, et terminer le tableau demande plusieurs heures. Pour un jeu de tennis ST de 1990, c’est généreux.

La surface de jeu unique est regrettable. Pas de terre battue, pas de gazon, uniquement le dur. Ce manque de variété retire une dimension tactique réelle : sur gazon, les balles basses s’accélèrent davantage; sur terre, les longues jambes et les échanges de fond de court deviennent stratégiques. Tennis Cup ne propose rien de tout cela, ce qui le fait paraître moins complet que ses concurrents directs.

Graphismes et ambiance sonore

Les graphismes sont corrects pour l’époque. Les joueurs sont détaillés avec leurs animations distinctes (service, revers, volée), le court est bien délimité, et la foule en arrière-plan donne une impression de stade malgré sa nature statique. Les couleurs sont contrastées et lisibles, ce qui prime sur le réalisme dans un jeu de sport.

L’ambiance sonore est plus légère. Le bruit de frappe est satisfaisant, une petite musique accompagne les menus, mais les cris de foule sont absents et l’atmosphère de grand tournoi ne prend jamais vraiment. Ce n’est pas gênant pendant le jeu, mais ça limite l’immersion. Sur Amiga, les versions équivalentes sonnaient souvent mieux grâce au Paula, et Tennis Cup ST ne fait pas exception à cette règle générale.

Tennis Cup face à la concurrence

En 1990 sur Atari ST, la concurrence en matière de tennis se résumait essentiellement à Emlyn Hughes International Soccer pour le football, mais du côté tennis, le grand rival était Super Tennis sur Amiga. Tennis Cup ST tenait la comparaison en termes de fluidité, mais perdait sur la variété des surfaces et la profondeur des modes de jeu. Hard Drivin’ venait de faire sensation avec sa simulation 3D, et Tennis Cup paraissait sage en comparaison.

La véritable concurrence est venue plus tard avec Advantage Tennis, qui proposait des surfaces multiples et un système de statistiques plus élaboré. Tennis Cup a alors vieilli rapidement, non pas parce qu’il devenait mauvais, mais parce que le genre évoluait et qu’il ne suivait plus. C’est le destin de beaucoup de bons jeux de sport de cette époque.

Loriciel et le contexte éditorial

Loriciel a produit dans cette période quelques titres marquants pour la scène ST française. La société avait une identité claire : des jeux accessibles, bien réalisés techniquement, sans la sophistication d’un Infogrames ou la créativité d’un Titus. Tennis Cup s’inscrit parfaitement dans cette ligne éditoriale. C’est un produit sérieux qui assume sa nature commerciale sans honte.

Il faut replacer la sortie dans son contexte. En 1990, le marché Atari ST était encore vivace en France, les tabloïds spécialisés comme ST Magazine accordaient des notes respectables aux jeux Loriciel, et Tennis Cup a été un succès commercial modeste mais réel. Les copies pirates circulaient, comme pour n’importe quel jeu populaire de l’époque.

Ce qui a vieilli

L’IA trop prévisible est le premier problème. Après quelques heures, on comprend ses schémas et on gagne systématiquement en exploitant les mêmes failles. Le manque de surfaces multiples creuse le déficit de variété. La foule muette enlève une dimension d’immersion qui ne semblait pas importante en 1990 mais qu’on ressent aujourd’hui. Et le mode multijoueur, bien que présent, souffre de l’absence de split-screen confortable.

Malgré tout, Tennis Cup reste jouable. La fluidité tient encore debout, les sensations de frappe sont correctes, et le mode tournoi offre un semblant de progression qui donne envie de finir ce qu’on a commencé. Ce n’est pas le genre de jeu qu’on ressort pendant des heures en 2024, mais pour une partie nostalgique de temps en temps, il accomplit encore son office.

Verdict

Tennis Cup est un bon jeu de tennis de 1990, ni plus ni moins. Il n’a pas inventé le genre, il n’a pas non plus déçu les attentes raisonnables de l’époque. Loriciel a livré un produit propre, fluide, agréable à jouer en session courte. Si vous voulez retrouver l’ambiance du tennis sur ST avec un émulateur, Tennis Cup est un choix valable. Juste ne lui demandez pas d’être autre chose qu’il n’est.