Jim Power. Rien que le nom évoque des souvenirs douloureux. Ce jeu m’a cassé. Littéralement. Je l’ai acheté en 1992, impressionné par les screenshots dans un magazine — ces effets de parallaxe, ces couleurs explosives, ces sprites énormes. Et puis j’ai joué. Et j’ai compris que Loriciel venait de me vendre le jeu le plus difficile de ma collection ST. Jim Power, c’est beau, c’est ambitieux, c’est techniquement impressionnant… et c’est une torture à finir.
Jim Power : beauté cruelle en 16 bits
Jim Power est un platformer d’action side-scrolling où vous incarnez Jim Power, un super-soldat futuriste chargé de sauver la planète. Le concept est classique. L’exécution, en revanche, est tout sauf ordinaire. La première chose qui frappe, c’est l’effet de parallaxe multi-couches — un des plus impressionnants jamais réalisés sur Atari ST. Les arrière-plans défilent à plusieurs vitesses, créant une profondeur visuelle qui donne l’impression de vraiment se déplacer dans un monde tridimensionnel.
Les graphismes en général sont d’une richesse remarquable. Les sprites de Jim sont grands et bien animés. Les ennemis sont variés et agressifs. Les décors changent d’un monde à l’autre — planètes, donjons, espaces. L’ambiance visuelle est constamment stimulante.
Mais la difficulté, mes amis. La difficulté. Jim Power est l’un des platformers les plus punitifs jamais créés sur ST. Les ennemis apparaissent de partout, les pièges sont nombreux et peu indiqués, et le moindre contact coûte une vie. Finir ce jeu sans aide est un exploit réservé aux plus acharnés. J’ai personnellement abandonné au niveau 3 avec des sentiments mitigés — admiration et frustration mélangées.
Loriciel au crépuscule de l’Atari ST
En 1992, Loriciel était encore debout quand beaucoup de studios français avaient migré vers le PC et les consoles. Jim Power est leur swan song sur Atari ST — leur jeu le plus ambitieux techniquement et artistiquement. La boîte orléanaise avait toujours eu le sens de la démonstration technique, et avec Jim Power, ils ont repoussé les limites du possible sur cette machine vieillissante.
La musique du jeu mérite une mention spéciale. Composée par David Warhol, la bande son de Jim Power est exceptionnelle — rythmée, variée, avec des samples et des arrangements qui semblent impossibles sur le chip sonore de l’Atari ST standard. C’est une démonstration de ce qu’un musicien talentueux pouvait tirer de ce hardware avec suffisamment de maîtrise.
Jim Power a été porté sur d’autres plateformes — Amiga, SNES, Super Famicom. La version SNES a bénéficié d’améliorations, mais les versions 16 bits ordinateurs restent les originales dans l’esprit.
ST vs Amiga et SNES
Sur Amiga, Jim Power est visuellement similaire à la version ST, avec quelques avantages sonores. Sur SNES, le jeu a été retravaillé avec des graphismes revus et des levels redesignés. Mais pour les puristes, les versions ST et Amiga ont une âme particulière — celle des ordinateurs personnels européens, avec leur esthétique unique.
L’effet de parallaxe était impressionnant sur toutes les versions, mais les owners ST avaient une raison légitime d’être fiers de leur machine après avoir vu Jim Power tourner.
Pourquoi y rejouer aujourd’hui ?
Jim Power avec des save states en émulation, c’est une expérience transformée. Vous pouvez sauvegarder à chaque difficulté et prendre le temps d’apprécier les graphismes et la musique sans vous énerver sur la difficulté. C’est la façon recommandée de découvrir ce jeu en 2024 si vous n’avez pas la patience d’un marathonien du rétrogaming. Allez au moins jusqu’au boss du niveau 3 — le spectacle en vaut la peine.
Conclusion
Jim Power sur Atari ST, c’est Loriciel qui tire sa révérence avec éclat. Un jeu beau, ambitieux, trop difficile, mais inoubliable. Une production qui prouve que les développeurs ST poussaient la machine jusqu’à la fin. AtariGreenlog vous montre ce que ça donne en action — et après ça, soit vous vous lancez le défi de le finir, soit vous apprécierez confortablement via vidéo. Les deux options sont valables.
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