Il y a des jeux qui n’ont jamais été cités dans les classements, jamais mis en avant sur les couvertures de magazines, et pourtant — ils sont restés. Funface est de ceux-là. Sorti en 1989, ce titre passait complètement sous le radar à l’époque. Pas de pub massive, pas de franchise reconnue derrière. Juste un jeu bizarre, rapide, avec une idée simple poussée jusqu’au bout.
Je l’avais récupéré dans un lot de disquettes d’occasion. La jaquette ne disait pas grand chose. Première lancée — et j’ai compris immédiatement que ce n’était pas un jeu ordinaire. Funface, c’est du réflexe pur, emballé dans une esthétique volontairement grotesque et rigolote. Pas pour tout le monde. Exactement pour moi.
Le principe : réflexe et absurde
Funface n’a pas une mécanique centrale complexe. Le jeu vous soumet des situations visuelles rapides — des visages qui grimacent, des éléments qui apparaissent à l’écran — et vous devez réagir au bon moment, avec la bonne action. C’est un jeu de timing et d’observation autant que de réflexes.
Ce qui le distingue, c’est l’emballage. Les graphismes sont volontairement caricaturaux, presque cartoonesques. Les sons sont absurdes. L’ensemble communique une énergie chaotique et joueuse qu’on trouvait rarement dans les jeux sérieux de l’époque. Funface ne prend pas la pose. Il assume complètement son côté ridicule — et c’est précisément pour ça qu’il fonctionne.
La difficulté monte progressivement. Les fenêtres de réaction se réduisent, les situations se multiplient, le rythme s’emballe. On finit par être dans un état d’attention quasi-méditative, à guetter le moindre signal visuel. Étrange de la part d’un jeu aussi farfelu, mais réel.
Les graphismes : le laideron assumé
Funface est laid. Volontairement. Les visages qui constituent le cœur visuel du jeu sont des caricatures grimaçantes, avec des expressions exagérées à dessein. L’animation est saccadée par moments — mais ici, c’est une feature, pas un bug. Le style graphique renforce l’absurdité du concept.
L’Atari ST avec ses 512 couleurs disponibles aurait pu permettre quelque chose de plus sophistiqué, mais les développeurs ont fait un choix artistique clair. La lisibilité des éléments importants — les signaux auxquels répondre — est excellente. Ce qui compte est toujours visible. Ce qui est là pour faire rire est là pour faire rire. C’est une vraie direction artistique.
Un jeu de 1989 qui se joue toujours
Funface est court. Très court. Mais comme tous les bons jeux de réflexes, sa durée de vie vient de la répétition et du score. On veut faire mieux. On veut aller plus loin dans la difficulté. On veut montrer à ses amis qu’on maîtrise ce truc bizarre.
Sous émulateur aujourd’hui, il se lance en trente secondes et se redécouvre avec le même plaisir absurde. C’est le type de jeu qu’on met à tourner lors d’une soirée rétrogaming pour provoquer des réactions — entre « c’est quoi ce truc ? » et « attends, laisse-moi essayer ». Pour d’autres curiosités de cette époque, Rainbow Islands sur Atari ST offre un contraste intéressant : coloré, accessible, classique.
Conclusion
Funface n’est pas un chef-d’œuvre. C’est un jeu de niche, développé avec une idée précise et sans compromis, qui résonne encore trente ans après pour les bonnes raisons. Dans un catalogue rétrogaming souvent dominé par les blockbusters et les simulations sérieuses, les ovnis comme Funface méritent leur place. Déroutant, drôle, et plus addictif qu’il n’y paraît.
Fiche complète : MobyGames | AtariMania