Nous avons publié en mai 2026 l'analyse d'une désindexation massive : un site passé de plus de 370 000 pages indexées à un millier. Deux mois plus tard, les données permettent de raconter la suite — et surtout de montrer ce qu'un jeu de données d'indexation permet, ou ne permet pas, de conclure. Tous les chiffres cités ici proviennent d'un export Search Console daté du 20 juillet 2026, dont la provenance est détaillée en tête d'article.
Le point de départ : une croissance rapide
Le site concerné publie des pages géographiques à grande échelle. Entre fin avril et mi-mai 2026, son volume indexé progresse très vite : 37 298 pages au 24 avril, 168 666 au 28 avril, 304 048 au 2 mai, 380 524 au 12 mai. En dix-huit jours, le nombre de pages indexées est multiplié par dix.
Ce rythme aurait dû alerter. Une indexation aussi rapide signifie que Google accepte tout ce qu'on lui soumet — ce qui n'est pas un satisfecit, mais une phase d'évaluation. Le moteur découvre, absorbe, puis juge. Le jugement arrive plus tard.
L'effondrement
Le pic est atteint le 12 mai avec 380 524 pages indexées. La série reste stable une dizaine de jours, puis décroche :
| Relevé | Pages indexées | Variation |
|---|---|---|
| 12 mai | 380 524 | pic |
| 23 mai | 371 107 | −2,5 % |
| 26 mai | 253 560 | −31,7 % |
| 30 mai | 82 939 | −67,3 % |
| 2 juin | 2 489 | −97,0 % |
| 9 juin | 1 059 | point bas |
Du pic au point bas : −99,7 % en vingt-huit jours. La chute s'accélère au lieu de s'amortir, ce qui est caractéristique d'une réévaluation à l'échelle du domaine et non d'un incident ponctuel : le moteur ne retire pas des pages une par une, il révise le crédit accordé à l'ensemble.
Le chiffre qui remet tout en perspective
Avant la chute, du 1er au 18 mai, le site enregistre en moyenne 61 impressions par jour — pour 380 000 pages indexées. Une impression quotidienne pour environ 6 200 pages.
Autrement dit : ces pages n'existaient dans l'index que statistiquement. Elles n'étaient presque jamais montrées à un utilisateur. La désindexation a détruit un patrimoine dont la valeur d'usage était déjà quasi nulle — ce qui ne rend pas l'incident anodin, mais déplace la question. Le problème n'était pas de perdre 380 000 pages ; il était de les avoir créées.
Un volume indexé élevé n'est pas un actif en soi. Tant qu'on ne l'a pas rapporté aux impressions qu'il génère, ce n'est qu'un compteur.
Ce que recouvrent les pages « non indexées »
Au 20 juillet, 532 000 URL connues ne sont pas indexées. Ce total est trop souvent lu comme un stock d'erreurs à corriger. Sa composition dit autre chose :
| Motif | Pages | Nature |
|---|---|---|
| Explorée, actuellement non indexée | 339 313 | Décision de Google |
Exclue par la balise noindex | 157 157 | Volontaire |
| Introuvable (404) | 18 247 | À corriger |
| Détectée, actuellement non indexée | 9 552 | En attente d'exploration |
Bloquée par robots.txt | 4 042 | Volontaire |
| Erreur serveur (5xx) | 2 703 | Défaut non corrigé |
| Autres motifs de canonisation | 985 | Mixte |
Les 157 157 exclusions par noindex sont le résultat recherché : c'est la réduction volontaire de surface décidée pendant la reconstruction. Les compter comme un problème serait absurde. En revanche, les 2 703 erreurs serveur et les 18 247 pages introuvables sont des défauts réels, toujours présents à la date de l'export, et sur lesquels nous reviendrons.
Les interventions, datées
Le récit habituel d'une récupération se résume à « on a corrigé, ça remonte ». L'historique de version raconte une histoire plus étalée. Les correctifs livrés sur la période :
| Date | Intervention |
|---|---|
| 19 juin | Retrait des appels d'API bloquants au rendu des pages |
| 24 juin | Restrictions de crawl sur les niveaux profonds et les URL à paramètres |
| 26 juin | Traitement de fond des pages non indexées ; gestion des URL supprimées en 410 |
| 29 juin | Passage des pages de dernier niveau à un rendu statique |
| 2 juillet | noindex déterministe, magasin de données local, consolidation |
| 6 juillet | Redirections 301 des URL héritées, consolidation de doublons |
Six livraisons réparties sur dix-huit jours, et non un correctif unique.
La reprise — et pourquoi on ne peut pas l'attribuer
Le nombre de pages indexées reste bloqué à 1 186 du 13 au 30 juin. Puis, au relevé du 1er juillet, il passe à 29 033 — multiplié par 24 — et s'y maintient jusqu'au 10 juillet, dernier point de l'export.
La tentation est immédiate : attribuer cette remontée au déploiement du 2 juillet, le plus substantiel de la série. Les données l'interdisent. La remontée apparaît dans un relevé daté de la veille de ce déploiement. Un correctif ne peut pas produire un effet mesuré avant d'exister.
Deux lectures restent recevables, et nous ne pouvons pas trancher entre elles :
- la remontée découle des livraisons antérieures — celles du 24, 26 et 29 juin — dont l'effet met plusieurs jours à devenir visible ;
- le rapport d'indexation étant publié avec un décalage et par paliers, la date affichée ne correspond pas à la date de l'état mesuré, ce qui rend tout calage fin illusoire.
Ce point est le principal enseignement méthodologique de ce cas. Une chronologie qui « colle » est presque toujours une reconstruction rétrospective : on connaît le correctif dont on est fier, on cherche la remontée, on la trouve. Ici, l'ordre des dates ne le permettait pas — et c'est en le vérifiant qu'on s'en aperçoit.
Ce qui n'a pas fonctionné
Trois constats vont à l'encontre du récit de récupération réussie.
Les impressions n'ont pas suivi. Sur les dix premiers jours de juillet, le site enregistre en moyenne 6,2 impressions par jour, contre 61 avant la chute. Le nombre de pages indexées a été multiplié par 24 depuis le point bas ; la visibilité, elle, reste au niveau du creux. Les volumes sont trop faibles pour bâtir une théorie dessus, mais assez clairs pour interdire de parler de reprise du trafic.
2 703 pages renvoient une erreur serveur. C'est un défaut actif, non résolu à la date de l'export. Une erreur 5xx sur des milliers d'URL décourage l'exploration bien au-delà des pages concernées : elle signale un site instable.
18 247 pages renvoient une 404. Une part provient d'URL héritées légitimement supprimées ; le reste indique un maillage interne qui pointe encore vers des pages disparues. Six URL sont par ailleurs indexées malgré un blocage robots.txt — rappel utile que le fichier robots empêche l'exploration, pas l'indexation.
Les limites de ces données
Quatre réserves, sans lesquelles les chiffres ci-dessus seraient sur-interprétés.
- Publication par paliers. Les valeurs restent identiques plusieurs jours puis changent d'un bloc. Toute date citée encadre un intervalle et ne situe pas un événement au jour près.
- Un recomptage non expliqué. Au relevé du 19 mai, les pages non indexées chutent de 717 455 à 168 263 alors que les pages indexées bougent à peine. Aucun changement de notre côté ne l'explique : il s'agit vraisemblablement d'une réévaluation interne du périmètre des URL connues. Cette série est donc moins fiable que celle des pages indexées.
- Un seul site. Un site de pages géographiques générées à grande échelle n'est représentatif que de lui-même. Rien n'autorise à transposer ces ordres de grandeur à un site éditorial classique.
- Aucun groupe témoin. Nous n'avons pas de site comparable laissé sans correctif. Toute affirmation causale serait, ici, une pétition de principe.
Ce qui est transposable
Trois enseignements ne dépendent pas des particularités de ce site.
Rapporter systématiquement le volume indexé aux impressions. Une impression pour 6 200 pages est un signal qui aurait dû être lu bien avant la chute. Ce ratio se calcule en deux minutes et détecte une inflation de pages sans valeur avant que le moteur ne s'en charge.
Lire la composition, pas le total. « 532 000 pages non indexées » est un chiffre sans signification tant qu'on ignore que 157 157 le sont délibérément et 2 703 par erreur serveur. Un total agrège des situations opposées.
Vérifier l'ordre des dates avant d'attribuer un effet. C'est la vérification la moins pratiquée et la plus instructive. Elle ne demande qu'un historique de version et un export daté, et elle invalide une bonne partie des récits de récupération — y compris celui qu'on s'apprêtait à écrire.
Cette étude sera mise à jour lorsqu'un export ultérieur permettra d'observer si la reprise se poursuit, se stabilise ou s'inverse. La date de mise à jour en tête d'article signalera toute révision.