Le raisonnement est séduisant et presque universel : « les gens cherchent notre service + leur ville, donc créons une page par ville. » Multiplié par 35 000 communes françaises, éventuellement croisé avec des catégories de service, il produit mécaniquement des centaines de milliers d'URL. Nous avons exploité un site construit sur ce principe. Voici ce que nous en avons appris, y compris à nos dépens.

Ce qui distingue une page locale d'une page satellite

La documentation de Google désigne comme « pages satellites » les pages créées pour capter du trafic sur des variantes de requêtes sans apporter de valeur propre au visiteur qui arrive dessus. La formulation semble floue ; elle devient opérationnelle avec un test simple.

Retirez le nom de la ville de la page. S'il ne reste rien qui distingue cette page d'une autre, ce n'est pas une page locale : c'est un gabarit avec une variable.

Une page locale légitime contient une information qui change réellement d'une zone à l'autre : des établissements identifiés avec leurs coordonnées, des tarifs constatés localement, des délais observés, une réglementation départementale, des horaires. Une page satellite contient le même paragraphe avec un nom substitué.

Le critère n'est pas un taux de similarité textuelle. On peut faire varier automatiquement la formulation d'un texte sans lui ajouter la moindre information — le résultat reste vide, simplement moins détectable. Ce qui compte est la présence de données propres.

Le calcul qui aurait dû être fait en premier

Le nombre de pages publiables ne se déduit pas du nombre de communes, mais du volume de données propres réellement disponibles. La formule est brutale :

Nombre de pages publiables = nombre de zones pour lesquelles vous disposez d'au moins une information exclusive et vérifiable.

Si vous disposez de données réelles pour 3 000 communes, vous avez 3 000 pages — pas 35 000. Les 32 000 restantes ne deviendront pas légitimes parce que le gabarit sait les afficher. Une page « aucun résultat dans cette zone » n'a aucune raison d'être indexée.

Cette contrainte est structurante et déplaisante, parce qu'elle transforme un projet éditorial en projet de collecte de données. C'est pourtant la seule voie : à grande échelle, le SEO local est un problème de données, pas de rédaction.

L'erreur du croisement de critères

Le piège le plus coûteux n'est pas la page par ville — c'est la combinatoire. Ajouter un niveau de profondeur multiplie les URL sans multiplier l'information :

StructureURL généréesInformation propre
/ville~3 000Oui, si données réelles
/ville/catégorie~30 000Partiellement
/ville/catégorie/critère~300 000Quasi nulle
/ville/catégorie/critère/triplusieurs millionsAucune

Chaque niveau paraît justifié isolément — il correspond à une requête plausible. L'ensemble produit un site dont l'écrasante majorité des pages sont des variations creuses. Le moteur ne se contente alors pas d'ignorer ces pages : il révise à la baisse la confiance accordée au domaine entier. La sanction n'est pas locale.

Sur le site que nous exploitions, cette structure a produit plus d'un million d'URL pour un peu plus de 61 impressions quotidiennes — soit une impression par jour pour environ 6 200 pages indexées. Ces pages n'existaient que dans un compteur.

Que faire des niveaux profonds

Ils n'ont pas à disparaître : ils ont à ne pas être candidats à l'indexation. La combinaison à retenir est noindex, follow, associée à un retrait du sitemap.

Un avertissement important : cette directive doit être déterministe. Si le calcul du noindex dépend d'un appel réseau susceptible d'échouer, une saturation transitoire suffit à désindexer des pages parfaitement valides — d'autant plus vite que le robot explore intensément. Le calcul doit s'appuyer sur une liste préparée hors ligne, pas sur une requête au moment du rendu.

La méthode d'ouverture progressive

Plutôt que d'ouvrir l'ensemble du territoire d'un coup, procéder par vagues :

  1. Classer les zones par densité de données propres. Les mieux documentées d'abord.
  2. Publier la première vague — quelques centaines de pages solides, indexables et présentes au sitemap.
  3. Observer le taux d'indexation et les impressions par page sur plusieurs semaines.
  4. N'ouvrir la vague suivante que si la précédente s'indexe correctement.

L'intérêt est diagnostique : si une vague de 500 pages documentées ne s'indexe pas, en publier 50 000 n'y changera rien. Une ouverture massive prive de ce signal — quand le problème devient visible, il porte déjà sur l'ensemble du domaine.

Deux indicateurs à suivre

Le ratio impressions / pages indexées. Il se calcule en deux minutes et détecte l'inflation de pages sans valeur avant que le moteur ne s'en charge. Une impression quotidienne pour plusieurs milliers de pages indexées est un signal d'alerte, pas un socle sur lequel construire.

La part de pages « explorée, actuellement non indexée ». Cette catégorie du rapport d'indexation ne signale pas un incident technique : elle signifie que Google a vu la page, l'a comprise, et a décidé de ne pas l'indexer. Quand elle concerne quelques pages, c'est normal. Quand elle absorbe la majorité d'un catalogue, c'est un verdict.

Ce qu'il faut retenir

Le SEO local à grande échelle échoue quand on inverse l'ordre des opérations : on construit d'abord le gabarit, on cherche ensuite quoi mettre dedans. La séquence tenable est l'inverse — rassembler les données, mesurer leur couverture réelle, puis générer autant de pages qu'il y a d'informations à publier.

Cela produit beaucoup moins de pages qu'espéré. C'est précisément l'objectif : 3 000 pages que l'on peut défendre valent mieux qu'un million qu'il faudra désindexer. Nous avons vérifié la seconde branche de cette alternative ; l'expérience est documentée dans notre étude de cas chiffrée sur la récupération d'indexation.